October 21, 2019

GUIDE DE L'ARCHITECTURE DE SAN FRANCISCO

Cet article vous est proposé par Bold Italic. Bold Italic est un magazine, une boutique et une plateforme d'organisation d'événements en ligne basé à San Francisco. Nous célébrons l'esprit libertaire qui anime notre ville.

Si vous savez où regarder, les habitations de San Francisco vous dévoileront son histoire. Les styles les plus anciens témoignent par exemple de sa transformation d'avant-poste perdu dans la broussaille en ville cosmopolite. De la même manière, chaque époque a son propre style. L'esthétique du début du 20e siècle témoigne ainsi des difficultés posées par les avancées et chamboulements liés à l'industrialisation. Au cours du siècle dernier, la ville s'est transformée à un rythme effréné. Les bouleversements technologiques et sociaux qui ont touché son environnement culturel et physique se retrouvent par exemple dans le style moderne.

Voyons ensemble les styles architecturaux des maisons de San Francisco.

Maisons de style italianisant

Lorsque les spéculateurs de la ruée vers l'or ont envahi la région en 1849, le mouvement italianisant battait son plein. Son objectif ? Recréer l'apparence des fermes et villas des campagnes italiennes. Les principaux éléments décoratifs associés à ce style sont les corniches à encorbellement et les modénatures de portes et fenêtres.

Les premières habitations de ce style à San Francisco disposaient d'une fausse façade, comme les bâtiments des villes des vieux westerns, dont San Francisco faisait partie à l'époque. À mesure que la ville et les techniques de charpenterie ont gagné en sophistication, les oriels sur plusieurs étages sont devenus une caractéristique importante de ce style architectural. Autrefois omniprésentes, la plupart de ces maisons ont disparu dans les flammes du grand incendie de 1906.

Vous pouvez toutefois en retrouver des représentantes à l'ouest de Divisadero et au sud de la 20e rue, dans le quartier de Mission.

Maisons de style Stick

Il y a bien longtemps maintenant, San Francisco était entourée de forêts séculaires. Avec la montée en puissance de la révolution industrielle, la ville est devenue prête à adopter un style tirant parti de ses ressources naturelles. Les forêts de séquoia ont ainsi été débitées en planches. De nouvelles techniques de charpenterie ont permis le recours à des formes de bois standardisées. Les façades et les dessous de toit des maisons ont commencé à gagner en sophistication. La moindre surface s'est retrouvée recouverte d'ornements travaillés à la machine pour créer des formes géométriques.

Dénommé « Stick », ce style est aussi l'incarnation d'une ironie tragique. Ces maisons étaient en effet construites et décorées en bois. Les anciennes forêts de séquoia ont ainsi fini en forêts bien nettes de maisons à motifs.

Ces maisons restent présentes dans les quartiers épargnés par l'incendie de 1906, notamment les quartiers de Western Addition, Noe Valley, Eureka Valley, Mission et Potrero Hill

Maisons de style Queen Anne

Du jour au lendemain, San Francisco est passée du statut d'avant-poste lointain à celui de ville industrielle au rayonnement mondial. Ses habitants tenaient à mettre en avant leur richesse nouvelle en construisant des maisons extravagantes. Chacun y allait de sa fantaisie, dans une course à la beauté et à l'ornement. Les maisons de style Queen Anne sont totalement extravagantes. Elles multiplient les oriels, les tours et les décorations de dessous de toit.

Les ornements de ces maisons ont tendance à être féminins et dotés de couleurs vives. Comme les Painted Ladies d'Alamo Square, elles sont recouvertes de motifs floraux et de placages dorés.

Les représentantes les plus extravagantes de ce style sont visibles à Ashbury Heights, Alamo Square, Cow Hollow et Pacific Heights.

Maisons edwardiennes

Au début du 20e siècle, la majorité de l'Occident se percevait comme l'évolution directe de la Rome antique. Les Franciscanais ne partageaient pas ce point de vue et se définissaient avant tout comme modernes.

Ils devaient ainsi réconcilier leur rôle d'ambassadeurs de la culture occidentale avec la réalité du monde moderne. C'est dans ce contexte que sont apparues les maisons edwardiennes, dans lesquelles les femmes des grands industriels pouvaient recevoir en toge. Moins opulentes que leurs devancières de style Queen Anne, les maisons edwardiennes arborent des ornements plus masculins et empruntent des éléments d'architecture des temples classiques. Leurs grandes salles étaient plus vastes, et elles étaient moins cloisonnées.

Ces maisons se trouvent majoritairement dans les zones reconstruites après l'incendie, notamment à South of Market, dans le centre-ville et à Mission.

Maisons de style Mission

Avec l'industrialisation, les Franciscanais ont dû affronter la dure réalité de la vie urbaine moderne et ont commencé à fantasmer la vie simple et rurale des missionnaires, fondateurs de la ville. Le style Mission cherchait à retrouver ses temps bénis. Il faisait référence aux missions espagnoles, dont les façades en adobe et stuc n'étaient que chichement décorées.

Les éléments clés de ce style ont été réinterprétés à partir de la fin des années 1910 sous l'appellation « style renouveau colonial espagnol », style désormais prédominant en Californie. Il a notamment été utilisé par les promoteurs de lotissements pour idéaliser la frontière de l'Ouest. Cette nostalgie est devenue un argument marketing clé pour vendre des maisons aux habitants du Midwest qui souhaitaient acquérir une partie du glamour et du soleil de la Californie.

Ces maisons se retrouvent à Glen Park, Sunset, Richmond, outer Mission et Noe Valley.

Maisons de style Craftsman

Au début des années 1900, les corporations et les machines s'arrogeaient la part du lion de la production manufacturière. Le grand public craignait que l'artisanat ne disparaisse au profit des lignes d'assemblage. Les maisons de style « Craftsman » ne sont pas construites à l'aide de machines, mais par des artisans talentueux. Le mouvement a permis de donner un second souffle aux différents corps de métier de l'artisanat en érigeant leurs membres au statut d'artistes. Ce style ne présente aucune décoration superflue. Il consacre simplement la construction d'une maison en tant que forme d'art à part entière.

L'ironie de ce style réside dans le fait que ce mouvement juge les maisons construites à la main supérieures à celles produites en série. Mais comme les produits artisanaux et fabriqués en petite quantité de la culture hipster actuelle, seuls les plus riches pouvaient se les offrir.

Ces maisons étaient construites à l'écart du centre-ville. Vous les trouverez à Glen Park, Sunset, Richmond, outer Mission et Noe Valley.

Art déco

Appuyés par des tonnes d'acier et une industrie florissante, les bâtiments des années 20 se sont lancés à l'assaut des cieux. Dans le même esprit, les maisons Art déco sont ornées de multiples motifs géométriques jouant sur la verticalité pour donner l'illusion qu'elles se fondent dans le ciel. Elles utilisent des matériaux modernes ou de l'ère industrielle, comme le chrome, le verre et l'acier, et sont synonymes d'optimisme et de technologie.

Symbole du capitalisme, ce style se retrouvait principalement dans les bâtiments commerciaux, mais il reste quelques maisons individuelles Art déco à Pacific Heights, Sunset, Marina et Sea Cliff.

Premiers lotissements de banlieue

Face à l'afflux de familles fuyant le Dust Bowl pour la Californie, des promoteurs immobiliers ont eu une idée lumineuse. Ils se sont en effet rendu compte qu'ils pouvaient gagner des fortunes en achetant des parcelles situées en-dehors du centre-ville pour y construire une multitude de maisons quasi identiques. Pour maximiser la rentabilité de ces opérations, ils ont ainsi reproduit les mêmes plans encore et encore, comme sur une ligne d'assemblage. Les années 1930 marquent les débuts des lotissements, un phénomène qui allait transformer l'ensemble des États-Unis.

Les promoteurs se sont fortement appuyés sur l'effet de mode (le San Francisco Chronicle a ainsi publié de nombreux articles chantant les louanges de ces nouvelles maisons, tout en vendant de l'espace publicitaire aux promoteurs). Des modifications régulières des styles de façades et l'arrivée de nouveaux modèles leur ont permis de maintenir l'intérêt du public, et leurs bénéfices.

Ces maisons sont omniprésentes à Marina, Sunset, Richmond, Excelsior, Visitation Valley, Hunters Point, Bernal Heights, Noe Valley, Potrero Hill et Glen Park.

Maison de style paquebot

Avec le désespoir induit par la Grande Dépression, le grand public rêvait de voyager vers des destinations exotiques. Le style des années 30 est intimement lié à l'idée de voyage rapide et luxueux. Les maisons de style paquebot sont ainsi inspirées des silhouettes aérodynamiques des trains, et des ponts et rails horizontaux des navires de luxe. Basses et tout en longueur, elles sont accentuées dès que possible par des ornements horizontaux, quand leurs coins arrondis rappellent la proue et les hublots des yachts de la haute société.

Ces maisons se trouvent dans les derniers quartiers construits comme Sunset, Excelsior, outer Mission et Noe Valley.

Maison de style international

Avec la Dépression, la popularité du capitalisme a connu une chute vertigineuse. Le socialisme, au contraire, semblait offrir une option plus attrayante. Le monde était prêt à accueillir un mouvement esthétique incarnant la notion de coopération. Le style international a été présenté comme un style destiné au monde entier. L'exposition internationale du Golden Gate de 1939 sur Treasure Island a ainsi proposé un style architectural minimaliste, puisant son inspiration dans la technologie plutôt que dans l'histoire. L'idée était alors d'oublier les identités culturelles individuelles pour unifier le monde entier. Les maisons de style international mettent de côté toute décoration superflue. Personne n'avait encore vu de formes carrées aussi épurées. Aujourd'hui, nombre de personnes les jugent sans intérêt, mais cette sobriété était à l'époque révolutionnaire.

Les maisons de style international sont visibles à Noe Valley, Sea Cliff et Twin Peaks, dans la zone nord de Market, ainsi qu'à Laurel Village et à Golden Gate Heights.

Maison de style moderne du milieu du siècle

Dans les années 50, tout le monde pensait que la voiture volante était pour demain. La disparition des murs au profit des fenêtres rendait la frontière entre intérieur et extérieur toujours plus floue. À cette période, il n'existait presque plus de parcelles constructibles à San Francisco. Les seuls terrains restants se trouvaient sur des hauteurs balayées par les vents et étaient jusque-là jugés trop hostiles pour y vivre. Mais avec le progrès technologique, les maisons sont devenues étanches, ouvrant de nouvelles opportunités aux promoteurs. Après tout, avec des vues aussi extraordinaires sur l'extérieur, pourquoi sortir ?

Les maisons de style moderne du milieu du siècle sont visibles à Diamond Heights, Twin Peaks et Golden Gate Heights.

Maisons de style postmoderne

Dans les premiers temps, le minimalisme paraissait subversif. Mais pour la génération du baby-boom, il était devenu fade, monotone et prévisible. Les maisons modernes étaient alors vues comme des boîtes sans intérêt, qu'il convenait de réimaginer.

San Francisco était à l'épicentre d'une évolution radicale. Droits civiques, libération des femmes et révolution sexuelle ont bouleversé la société. Les jeunes baignaient dans la culture de l'amour libre, de la drogue et du rock 'n' roll. Cet esprit ouvert a donné naissance à un mélange des styles.

Ce mélange paraît souvent étrange, impossible, surprenant ou maladroit. Des maisons de ce type ont été construites partout ou des parcelles libres étaient encore disponibles, comme à Sunset, Golden Gate Heights, Diamond Heights, Bernal Heights, et dans les zones de réhabilitation d'anciens bâtiments industriels, comme à Potrero Hill, Mission, South of Market et Mission Bay.

San Francisco Hôtels

 

COMMENT LES VISITEURS VOIENT SF